Bavardage

Récit d’une naissance, Arthur, 23 septembre 2018

Chaque naissance est une aventure ! Voici celle d’Arthur, mon deuxième petit garçon.

Il y a un an, dimanche 23 septembre 2018, à 12h08, naissait notre 2e petit garçon Arthur, Liam, Guénaël.

Que d’émotions de se rappeler des heures qui ont précédé son premier cri.

J’avais envie de partager avec vous ici ce récit de naissance.

Tout a commencé la veille, le samedi 22 septembre vers 16h. Pendant la sieste d’Erwann (notre premier de 22 mois à ce moment-là), j’étais devant mon ordi en train d’écrire un article de blog (et oui !). Nous étions environ une semaine avant le terme. J’ai commencé à ressentir des douleurs dans le bas ventre, exactement comme des douleurs de règles. C’était différent de mes contractions habituelles mais pas non plus suffisamment fort pour me faire tout de suite penser à des « vraies » contractions.

Quelques heures passent. On dîne et on couche Erwann vers 20h. Les contractions s’amplifient mais restent complètement supportables. Avec mon mari, en discutant après le dîner, on estime qu’il faut peut être aller faire un contrôle à la maternité pour vérifier que tout va bien. On réveille Erwann vers 21h30 (pauvre loulou tout endormi qui ne comprenait rien) et sur le chemin de la maternité on le dépose chez des amis pour la nuit. Nos parents habitent loin, en France et n’ont prévu d’arriver qu’au moment du terme, soit la semaine d’après. Nous  avions anticipé ce type de situation et vu avec des amis s’ils pouvaient héberger Erwann le temps de l’accouchement. Entre temps, nous avions appelé mes beaux-parents en leur disant que c’était probablement pour le lendemain… 

On arrive à la maternité vers 23h. On est reçu dans l’une des salles de naissance qui ressemble plus à un spa qu’à une salle d’accouchement ! C’est très étrange car l’ambiance n’est pas du tout comme dans mon imaginaire. La pièce est immense, des meubles en bois blond, un éclairage tamisé. C’est doux et très agréable comme atmosphère.

La SF m’ausculte et me dit que mon col est complètement fermé et que mes contractions sont trop faibles pour penser à un début de travail. Selon elle, il s’agit d’un « faux » travail. Elle nous renvoie à la maison. Il est 1h30 du mat quand je me couche.

A 2h30, je n’arrive pas à dormir, je me relève. Les contractions se rapprochent et s’intensifient mais je me suis mise en tête que cela n’était pas du « vrai » travail. Donc je supporte. Je tourne en rond dans notre appartement. C’est étrange, Erwann n’est pas avec nous et c’est la première fois que ce genre de configuration se présente ! Je pense fort à lui qui dort avec son copain Madeg.

A chaque contraction, j’appuie mes bras contre le mur et je fais des vocalises. La SF qui nous a préparé à la naissance m’avait expliqué que dire des « oooooo » ou des « aaaaaaa » à haute voix, des sons ouverts, au moment de la contraction permettait d’évacuer la douleur. Et c’est vrai ! Ça marche hyper bien. Vers 5h, je prends une douche pour me délasser. Je continue à tourner en rond dans l’appart. J’essaie de lire, de tricoter, de faire des exercices sur le gros ballon. Mais je ne tiens pas en place. Je ne supporte que la position débout. Vers 7h, mon mari se lève et me dit que mes vocalises se sont quand même drôlement rapprochées depuis 6h du mat… et qu’il faudrait peut-être retourner à la maternité.

OK, d’accord. Même si j’ai mal objectivement, cela n’est pas insupportable. Enfin, cela me parait relativement éloigné des récits de douleurs insurmontables que j’ai entendus de mes amies. Pour mon premier accouchement, je n’ai pas vécu toute cette partie et j’ai du mal à me rendre compte si c’est du travail ou pas. En plus, je me suis mise en tête que cela n’était pas ça… J’appelle la maternité et la sage-femme me dit de revenir. Quand même ! Sans oublier ma valise ! On ne sait jamais. Je prends le temps de m’habiller. Entre deux contractions, je me sens plutôt bien mais je suis contente de bouger, de faire quelque chose et d’y retourner.

Nous allons jusqu’au parking à pied (il y a au moins 400m). Marcher me fait un bien fou ! En revanche, le trajet en voiture est une vraie torture. J’ai des contractions ultra violentes, de plus en plus rapprochées et je ne peux pas me mettre comme je le souhaite pour gérer la douleur. On se gare sur le parking de la clinique et là, une contraction un peu plus forte et pop (c’est vraiment le bruit que j’ai entendu), la poche des eaux se rompt (dans la voiture, hein, sinon c’est pas drôle). Plus de doutes maintenant, le travail est bel et bien commencé ! Le bébé est en approche. Cette fois, je réalise que je vais rencontrer mon bébé dans très peu de temps.

On attend encore 10 minutes devant la réception de la clinique avant qu’une sage-femme vienne nous chercher. J’arrive dans la salle d’accouchement, la même que la veille au soir. La pièce me paraît encore plus grande que la nuit précédente. Des grandes baies vitrées, beaucoup de lumière (il faisait un grand soleil ce jour-là), une baignoire, un canapé, des grands rubans qui tombent du plafond, une chaîne pour passer de la musique, un grand lit sans étrier… Encore une fois, je suis surprise par cet endroit loin des clichés de salles d’accouchement que j’avais imaginé.

La sage-femme m’ausculte à nouveau et m’explique : «  Vous êtes à 8 cm ! Waou, vous avez fait super !” Elle est suisse allemande et ne parle pas très bien français. Elle répète à tout bout de champs que je fais “super”. Ça deviendra la blague de la journée avec mon mari 😅 Je lui demande si je peux avoir la péridurale, car même si c’est encore supportable, j’ai envie d’être soulagée. Elle me répond : “Ah non, madame, la péridurale, c’est trop tard. Mais vous faites vraiment super et ça va bien se passer. Vous faites super ! ». 

Je suis à la fois contente et énervée. Contente parce que j’ai assez bien supporté les contractions et que je me sens un peu warrior d’être arrivée jusque là sans avoir eu plus mal que ça. Enervée parce qu’ils m’ont renvoyé à la maison la veille au soir, qu’ils m’ont mis dans la tête que c’était du « faux » travail, que j’avais “dérangé” avec mes angoisses de femme enceinte…

Ici, en Suisse alémanique, la culture de la naissance est différente de celle de la France ou de la Suisse Romande. En Suisse et à fortiori en Suisse alémanique, les femmes accouchent le plus souvent sans péridurale. Pendant la préparation, le personnel médical pousse les femmes à ne pas la demander. On t’explique par A + B l’utilité de la douleur dans le cadre de la naissance. Même tu écris noir sur blanc que tu veux la péridurale dans ton projet de naissance (c’était mon cas), bizarrement, il est toujours trop tard pour la poser… Je peux vous citer au moins 10 cas d’amies ou de copines qui se sont retrouvées sans ce cas.

Je ne leur en veux pas parce qu’au final, tout s’est bien fini et que par cette espèce de conditionnement, j’ai supporté les contractions. Mais c’est la fausse apparence de choix qui me gêne. Quelque soit le pays où tu accouches, on essaie toujours plus ou moins de t’imposer UNE façon de mettre au monde ton enfant. Comme si c’était celle-ci qui était la meilleure, sans écouter TES envies de femme. En France, avec cette approche parfois surmédicalisée, pas assez physiologique et parfois « violente » (épisiotomie sans consentement par exemple). En Suisse, avec cette approche parfois trop physiologique et peu médicalisée (jusqu’à un certain point, évidemment). 

Donc je suis à 8 cm. 8 cm !!! La SF me dit que ça va aller très vite maintenant et me propose de prendre un bain. En effet, sans péridurale, tu peux accoucher dans l’eau… Mon mari me fait donc couler un bain et on se prépare gentiment pour une naissance idyllique comme dans les films avec un bébé qui naît dans l’eau. J’arrive à 10cm et je pousse. Plusieurs fois. De toutes mes forces. Plusieurs fois pendant 1h. 1h15. Je vois la SF revenir un peu plus souvent et me dire qu’il faut aider le bébé avec un petit shoot d’ocytocine. Elle m’injecte le produit. Et là, rien. Nada. Je bois un Coca tranquillou dans l’eau en discutant avec mon mari, avec une contraction de temps à autre. C’est assez surréaliste comme moment. C’est bizarrement “calme” et plus aussi intense. Arthur est coincé.

Au bout de 1h45, la SF me fait sortir du bain. Je sens le poids du monde en sortant de l’eau et je comprends à quel point l’eau est bénéfique ! Hors de l’eau, les douleurs sont décuplées. La gynécologue arrive et nous explique qu’a priori, le bebe est mal engagé et donc coincé. Et là, elle lâche le dirty word : « Il va peut être falloir faire une césarienne ». C’est très bizarre mais j’ai l’impression qu’elle s’excuse presque…

Mon 1er est né par voie haute et je m’étais préparée à cette éventualité pour le 2e. Pour nous, pas d’hésitation, c’est un grand oui pour la césarienne. Je ne veux pas m’acharner pour que cela finisse en césarienne d’urgence sous anesthésie générale. Je veux que mon mari soit là, présent à mes côtés pour vivre cette opération et ce « moment ». Je veux être réveillée quand mon bébé arrive. Je veux vivre le peau à peau avec lui. Je veux être consciente de ce qui se passe, coûte que coûte.

Suite au traumatisme de la naissance de mon 1er, je me suis cette fois bien préparée à la césarienne. J’ai demandé des conseils à la sf qui nous a fait tout un cours “spécial” pour bien vivre une naissance par voie haute. Avant la naissance de mon 1er, personne ne m’avait rien expliqué sur la césarienne. Et pourtant mon père est obstétricien. À chaque fois que j’essayais d’aborder le sujet, c’était éludé par le personnel médical : “mais non, madame, il n’y a pas de raison que cela arrive”. Il faut juste rappeler que la césarienne, c’est 1 naissance sur 4 et que l’accouchement par voie haute peut tout à fait se vivre comme un accouchement par voie basse. La façon de le vivre bien réside surtout dans le fait de bien se préparer, de l’avoir envisager comme une possibilité en amont. C’est souvent vécu comme un vrai traumatisme faute de préparation. Je le sais pour avoir mis longtemps après la naissance d’Erwann à accepter cette césarienne, à avoir l’impression d’avoir vraiment accoucher. J’avais l’impression qu’on m’avait volé ce moment car je subissais complètement.

Une fois la décision prise, c’est allé très vite. Le bloc est juste à côté de la salle d’accouchement. On me pose (enfin) la péridurale. Pas facile car j’étais encore en phase de poussée… Une fois le produit injecté, je n’ai jamais ressenti plus grand soulagement de toute ma vie ! La douleur s’est envolée d’un coup, comme par magie. Je flottais. Quel kif ! Même si tout cela était supportable, je commençais à fatiguer après plusieurs heures de contractions intenses.

On pose le champ, on m’ouvre, on m’explique tout ce qui se passe (malgré la différence de langue – le personnel est principalement germanophone). Je pose des questions et j’accompagne Arthur dans sa remontée. La gynécologue décoince Arthur avec des spatules et moins de 30 minutes après la décision, Arthur est dehors, en bonne santé. Il part faire tous les contrôles avec son papa (ici, le papa peut être présent pendant les césariennes). On me le ramène et on le pose sur moi dans une espèce de banane qu’on a glissé sur mon torse. Nous pleurons de bonheur de découvrir notre bébé, si joli. 

Nous restons 3h en salle de réveil, en peau à peau, avec mon mari à nos côtés. C’était magique. Une belle aventure.

Une magnifique naissance.

Moitié, moitié.

Je suis super heureuse d’avoir vécu le « travail » presque jusqu’au bout et de l’avoir bien supporté. Je suis ravie d’avoir bien vécu cette césarienne, en urgence, certes mais à laquelle j’étais bien préparée, avec mon mari à mes côtés. 

J’ai mesuré après coup l’importance de la préparation. J’avais posé des questions précises sur la voie basse, la voie haute. a la sage femme qui nous a préparé. Au personnel médical de la clinique. Rien que le fait de l’appeler « voie haute » normalise déjà ce type de naissance, d’ailleurs, sans la rendre tabou ou de la minimiser face à la voie basse. Je connaissais les étapes pour chaque éventualité. Je m’étais surtout préparée au fait que cela ne se passerait pas comme je l’avais imaginé. Alors je n’avais rien imaginé pour cette seconde naissance.

Juste d’être dans l’instant et de savourer chaque seconde de ce moment. 


Voila, j’ai enfin raconté l’aventure de cette naissance. J’avais besoin de poser des mots dessus pour ne pas oublier. 

Joyeux anniversaire mon petit garçon adoré. Ta maman qui t’aime fort.

À bientôt, Émilie 

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8 Commentaires

  • Répondre Margo 4 octobre 2019 à 11 h 59 min

    Merci pour cet article qui me parle…
    J’ai moi aussi eu une césarienne en « urgence » il y a un an… Je n’étais pas du tout préparé mais alors pas du tout… Pour moi c’était simple, ce n’était pas pour moi! D’ailleurs je voyais un peu les femmes qui avaient accouchées par césarienne comme des « faibles » (oui je sais c’est idiot, intolérant et ignorant!)
    Après 18 heures de travail (à peu près, je ne sais pas vraiment à partir de quand on compte…) dont 9 heures avec péridurale (je rêvais de faire sans mais j’ai « craqué »…) et 6 heures à dilatation complète, il s’est avéré que bébé était coincé, pas en souffrance mais mal positionné pour sortir par voie basse, on m’annonce que la césarienne est la solution… Sur le coup, je pleure de déception mais je n’en peux plus et c’est presque un soulagement…
    Finalement la suite s’est avéré bien pire… Hémorragie, anesthésie générale, hystérectomie, pas eu mon bébé contre moi pendant 24 heures…
    Et bien bizarrement (ou pas), je vais bien, j’ai maintenant accepté le fait que je n’aurai pas d’autre enfant, compensé les 24 heures de séparation avec mon bébé mais je n’ai pas vraiment digéré cet accouchement par voie haute et ce sentiment d’avoir échoué…
    Voila, cet article m’a donné envie de laisser mon témoignage (plus pour moi que pour les autres finalement)
    (On ne se connait pas, je te lisais au début pour des articles couture, il n’y en a plus beaucoup mais ça m’arrive de faire un tour par ici de temps en temps…)

    • Répondre Emilie 4 octobre 2019 à 13 h 33 min

      Un immense merci pour ton témoignage. Celui-ci m’a ému aux larmes. Je te remercie vivement de partager cela ici. J’espère en tout cas que d’avoir couché ces mots ici t’aura aidé à accepter cette « voie haute ».

      Et merci pour ta fidélité après toutes ces années et malgré le « léger » changement de ligne éditoriale (en fait il n’y en a plus vraiment ). Je te souhaite plein de bonheur avec ton ptit ❤️

  • Répondre lou 25 septembre 2019 à 9 h 45 min

    Très beau témoignage qui nous rappelle à toutes ce moment….
    Merci pour le partage,
    Cldt,
    Lou

    • Répondre Emilie 25 septembre 2019 à 10 h 28 min

      Chaque naissance est une aventure et une histoire unique ! J’avais envie de partager cela pour garder une trace : je suis heureuse qu’il t’ait touché aussi ! Belle journée à toi

  • Répondre Natacha 23 septembre 2019 à 22 h 47 min

    Merci de partager ce moment si intense et si intime avec nous

    • Répondre Emilie 25 septembre 2019 à 10 h 26 min

      merci pour ton message et heureuse qu’il t’ait touché !

  • Répondre Madebycelinette 23 septembre 2019 à 21 h 36 min

    Merci pour cet article magnifique.
    J’ai souvent pensé à écrire à Alice pour lui raconter aussi comment s’est passée sa naissance. Je l’ai vécu comme ton premier accouchement… L’accouchement a été déclenché et après 2.5 jours de tentatives inutiles, la poche des eaux a été rompue artificiellement après pose de la péridurale. Je n’ai jamais ressenti de contractions de travail et aujourd’hui encore j’ai une sensation d’inachevé…
    Chaque naissance est particulièrement et unique mais ce qui compte c’est que le bébé et la maman aillent bien et soient dans les meilleures dispositions pour créer du lien… et pour ça le peau a peau est vraiment merveilleux !!

    • Répondre Emilie 23 septembre 2019 à 22 h 06 min

      Merci pour ton commentaire et ton témoignage. Olala, 2,5 jours d’attente… Ma pauvre ! Effectivement chaque naissance est unique ! Avec la naissance d’Arthur, j’ai la sensation d’avoir « réparé » (je ne sais pas si le terme est juste) le traumatisme de la naissance d’Erwann. Le peau à peau est en effet magique pour cela. Maintenant, c’est un peu plus compliqué… Belle soirée à toi.

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